Page en cours de chargement...
  
 
  
 

Un Réunionnais au Championnat du Monde IPSC

Article publié dans la revue FIRE n°NS48 de janvier-mars 2000. Tous droits réservés, reproduction interdite.


IPSC Worldshooting XII Cebu

par Ignace de Witte

David Geslin s’est inscrit dans un club de tir en 1997. Aujourd’hui, après seulement deux ans de pratique, il est sélectionné pour les Championnats du Monde IPSC qui se déroulent à Cebu (Philippines) du 24 octobre au 7 novembre prochains! Il fallait le rencontrer, cet homme a forcément quelque-chose à nous apprendre! Le lieu de rendez-vous: la «Salle du Pèlerin», le dojo d’une petite commune de l’île de La Réunion où il enseigne l’aïkido…

Imaginez un aïkidoka, le sabre tenu à deux mains au dessus de la tête, qui va frapper un adversaire qui se tient face à lui. A votre avis, si, dans le mouvement d’attaque, il lâche son arme, où va-t-elle se planter? Entre les pieds de son adversaire? Perdu, le sabre va suivre une trajectoire rectiligne presque horizontale, que l’on peut comparer à une ligne de mire, et il va se ficher dans le sol à une bonne vingtaine de mètres… à moins bien sûr qu’il y ait un «obstacle» pour l’arrêter!

David Geslin, qui vient de nous faire cette petite démonstration en guise de préambule, pratique l’aïkido depuis 11 ans et il est 3e dan. Il a également fait un peu de Wing Chung, le karaté de Bruce Lee, où on utilise beaucoup les mains.

Il s’est mis au parcours de tir il y a deux ans, en 1997, parce que cette discipline est, pour lui, un art martial où l’arme blanche est remplacée par une arme à feu. C’est la même recherche du geste parfait, la même philosophie du combat, la même exigence avec soi-même, les mêmes sensations… sans être obligé d’aller ramasser son sabre à tous bouts de champ!

Visiblement, son approche de l’IPSC est efficace: il termine 9e au championnat de France 1998 et cette année, il finit 5e (senior 1, standard), décrochant au passage une sélection pour le championnat du monde de Cebu!

Quand on y pense, c’est vrai que l’IPSC, ce n’est pas du tir à poste et que le secret réside certainement dans la capacité à tirer dans le mouvement. Au rythme de 7 heures d’aïkido par semaine, pendant 11 ans, David est passé maître dans l’art d’enchaîner rapidement les gestes précis. Une projection ou un reload, ce sont finalement deux gestes qu’il faut répéter inlassablement pour les maîtriser parfaitement.

Quand il s’est inscrit en 1997 au Club de tir de la police nationale (CTPN) de la Réunion, «petit scarabée» a d’abord sagement appris les bases du tir de précision avec un 4,5 aimablement prêté. Mais, très vite, il s’est acheté un … Glock 19 pour faire du parcours!

David n’est donc pas passé par la case 22LR que certains jugent incontournable. «Ceci dit, je fais quelques matches amicaux et, sans aucun entraînement, je tourne à 530/600…»

La devise du parcours de tir est «Diligentia, Vis, Celeritas», que l’on peut traduire par «Précision, puissance, vitesse». L’ordre des mots est important.

Comme l’écrit Olivier Baland dans son cours de tir: «Pour les fondateurs du parcours, il ne servait à rien de faire très vite du bruit avec une arme puissante si on ne touchait pas sa cible. C’est toujours l’impact en cible qui compte et non le coup tiré!» Ce que David traduit par: «Tout ce qui n’est pas du "A", c’est du zéro! Il faut d’abord maîtriser le geste précis, ensuite on peut accélérer le mouvement.»

Si notre surdoué n’a pas la grosse tête, c’est parce que l’aïkido lui a appris l’humilité: « Tout le monde en a fait l’expérience un jour ou l’autre : on s’installe au stand, on vise, on tire, 10. On vise, on tire, 10. A ce moment là, on se dit "tiens, je suis dans un bon jour", on vise, on tire… 6! Comme si les deux premiers 10 avaient créé un tuyau en ligne directe avec le centre de la cible et qu’il ne restait plus qu’à appuyer sur la détente! Ce serait trop simple! Chaque balle est un match complet. Par rapport à l’aïkido, le tir apprend l’humilité sur le plan physique, mental mais également mécanique: personne n’est à l’abris du bris d’une pièce. L’autre jour, en nettoyant mon arme, l’éjecteur est tombé, brisé net…Heureusement que ce n’est pas arrivé en match!»

Pour David, les armes ne sont que «des outils, des instruments, un intermédiaire entre l’homme et la performance».

Après avoir décroché sa 9e place au championnat de France 1998, David a investi dans un nouvel «outil», un SVI (Strayer-Voigt Infinity), à son avis la meilleure arme d’IPSC actuellement disponible sur le marché. Strayer est un ingénieur « 1911 » génial, Voigt le tireur IPSC qui a dit «La précision est une condition pour gagner un match» et Infinity est la durée de vie estimée de l’arme!

Le bris de l’éjecteur sur l’arme de David est à mettre sur le compte de «l’exception confirme la règle»!

Le SVI fonctionne selon le système Colt classique, simple action. Esthétiquement, l’arme ressemble d’ailleurs à un banal 1911 customisé. En y regardant de plus près on se rend compte que la poignée et le pontet ont été découpés pour les remplacer par une pièce unique, moulée en carbone, avec des inserts en acier aux points de fixation avec le restant de la carcasse. Gain de poids, excellent grip et chargeur à double pile.

La revue de détails apporte peu de surprises. On retrouve les modifications classiques des 1911 affûtés pour le parcours: canon lourd directement ajusté sur la culasse, tige-guide longue, chien et détente squelettiques, queue de castor, sécurité de pouce ambidextre, puits de chargeur élargi. Les modifications apportées par David par rapport à l’arme «out of the box» sont minimes: une queue de détente droite, un départ peaufiné et quelques morceaux d’antidérapant de skate-board collés sur l’avant de la culasse. La poignée du nouveau modèle offre un grip irréprochable, même… en pleine saison des pluies, quand le taux d’humidité de l’air atteint 100%!

Le SVI est disponible dans les calibres 9x21, 38 Super Auto, 10 mm Auto, 9x25 Dillon et 40 S&W. C’est pour ce dernier qu’a opté David, «le plus petit majeur». Il lui permet d’obtenir le facteur 175 avec une balle de 180 grains. La hausse d’origine est une Bomar. Elle convient parfaitement à David qui, n’oublions pas, concours en catégorie standard (visée ouverte), du moins pour le moment: « La visée ouverte est une bonne école de précision… mais en Open, avec le point rouge, on tire quand même beaucoup plus vite… il n’est pas exclu que plus tard…»

Les Goliath de l’IPSC auraient-ils du souci à se faire? Va-t-on assister à une ruée vers les dojos? On ne se méfie jamais assez d’un adversaire en hakama!

Rendez-vous aux JO de Sydney

S’il y a bien un thème que David Geslin n’aime pas aborder, c’est la polémique autour des armes à feu. Pour David, l’IPSC n’a rien à voir avec un entraînement de police au combat de rue: «C’est vrai qu’il faut une certaine agressivité, mais pas plus qu’à la pétanque par exemple, où il faut en vouloir à mort au cochonnet pour gagner. Par ailleurs, on tire complètement à découvert, ce n’est absolument pas réaliste. Je pense que le paint-ball est beaucoup plus pervers… Pour l’IPSC, le rendez-vous à ne pas manquer, ce sont les JO de Sydney, où la discipline sera en démonstration. Il faut absolument franchir ce cap… On passe à autre chose?»

Le reload

D’après David, les matches du championnat du monde aux Philippines ne devraient pas être plus «chinois» que les compétitions internationales auxquelles il a participé cette année (Nice, Metz et Arcachon). Le niveau de difficulté pourrait même s’avérer inférieur. Par contre, les munitions coûtant fort chères dans son île, David est effectivement plus habitué aux «speed-shots» qu’aux longs parcours. Il s’est donc spécialement entraîné à reloader comme l’éclair.

Mais un long parcours ce n’est pas simplement enchaîner deux courts, cela demande également une gymnastique mentale pour préparer des «plans bis» plus complexes… Cela ne devrait cependant pas poser trop de problèmes à David: il s’est habitué à ne jamais improviser, à toujours savoir exactement combien il lui reste de cartouches dans le chargeur. S’il ne finit jamais un match «culasse ouverte», c’est uniquement parce que le SVI n’est pas équipé de ce dispositif!

David tient à souligner que son entraînement ne se limite pas aux quelque 15.000 cartouches qu’il brûle par an, au rythme de 150 par séance, deux fois par semaine, ce qui est très peu comparé aux pros de l’IPSC. Il faut inclure dans l’entraînement de David entre un quart d’heure et une demi-heure de tir à sec tous les jours, sans oublier bien sûr un peu de muscu, un peu de footing et les sept heures d’aïkido par semaine qu’il ne manquerait pour rien au monde: «C’est ma passion, ma médecine. Et puis, c’est un engagement que j’ai pris envers les jeunes à qui j’enseigne. En plus, c’est à l’aïkido que j’ai rencontré ma femme, alors…!»

La marge de progression

Pour David, il est important de savoir se remettre continuellement en question: «Sinon, on ne prend pas toute la valeur des choses.» Il conseille de ne pas toujours se donner à fond à l’entraînement: «Il faut savoir prendre de la marge, cela permet de prendre un peu de recul pour…se regarder tirer en quelque-sorte, en tous cas de bien réfléchir à ce que l’on est en train de faire. C’est comme ça que l’on progresse.» En compétition, il en va tout autrement: «Au premier match, il ne faut pas chercher à gagner du temps mais en perdre le moins possible. Dans le deuxième match, tu mets la purée et dans le troisième, tu prends le bon rythme.»

Cebu en chiffres

le WSXII va se dérouler dans une propriété de 4 hectares appartenant à la Cebu Pistol and Rifle Association (CPRA), membre de la Philippines Practical Shooting Association (PPSA). 525 tireurs, originaires de 62 pays, vont s’affronter du 24 octobre au 7 novembre. Il y a 400 «rounds» prévus, répartis sur 5 jours de tir. Pour en savoir plus: http://www.worldshootcebu.com

3e Français !

Pour sa toute première participation au championnat du monde de la discipline, David Geslin se classe 81e sur les 243 tireurs classés en catégorie standard (visée ouverte) et 3e meilleur Français, derrière Michel Nestolat (41e) et Jean-Michel Voisin (49e), deux vieux routiers de l’équipe de France.Par rapport au grand vainqueur de la catégorie, Michael Voïgt -oui-oui, le «V» de SVI !- , David Geslin fait 71,47%, ce qui n’est pas mal du tout…

Forcément, peu habitué aux compétitions sur plusieurs jours, David a réussi des coups d’éclat (à 40/100e du premier le deuxième jour) et a connu des petits passages à vide alors que, «ce qui compte, c’est la régularité. Il ne faut pas chercher à exploser dans un match mais assurer jusqu’au bout. Si on se classe dans les 20 premiers dans tous les matches, on est sûr de terminer dans les 10 premiers au classement final.»

D’après David, sa tactique est bonne mais il peut encore progresser. Il a par exemple souffert dans certains matches à systèmes compliqués: «Quand tu calcules mal ta vitesse de progression et que tu arrives devant une cible avec un cycle d’apparition-disparition au moment où elle n’est pas visible, tu perds facilement une seconde à l’attendre, ce qui est énorme dans un match.»

Techniquement, il va peut-être opter pour le nouveau SVI «long frame», (carcasse longue), car le poids supplémentaire à l’avant de l’arme contribue à atténuer le recul.

On notera que les Français, dans l’ensemble, se sont particulièrement bien défendu aux Philippines, puisqu’un «petit» Français, Eric Grauffel, a eu l’outrecuidance de rafler aux Goliaths Américains la médaille d’or en catégorie open: «Le dernier soir, lors de la night award, avec tous les teams présents, quand on a annoncé les résultats, il y a eu un grand silence dans la salle…sauf de la part des Français bien sûr; on a fait un boucan pas possible et on a porté Eric en triomphe!»

Autre impression formidable qui lui restera longtemps en mémoire: celui d’un pays très sûr et où on aime les armes (comme quoi ce n’est pas incompatible): «Dès l’arrivée aux Philippines, à l’aéroport, j’ai vu un policier en uniforme qui portait un Colt customisé: puis de chargeur élargi, chargeur double pile engagé… ça fait drôle! Et en boîte, on demande aux gens de laisser leur arme au vestiaire! Cette relation privilégiée des Philippins avec les armes se ressentait d’ailleurs dans les scénarios de match dont certains, comme « The Judge », étaient…comment dire… sortis tout droit d’un feuilleton policier de série B! En me promenant dans les rues avec ma femme, je me suis toujours senti en sécurité, même pas une « agression du regard », alors qu’à Paris par exemple, tu as peur dix fois dans une journée!»



top
Reunion Island Guns
© 2003-2005 Ignace de Witte Tous droits réservés
Infos légales | Nous contacter | Plan du site | Lexique | Nos bannières