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Ball-trap

Article publié dans la revue FIRE n°NS34 de septembre-octobre 1997. Tous droits réservés, reproduction interdite.

Légende photo : Pour bien tirer au ball-trap, même avec des cartouches limitées à 24 grammes, mieux vaut être taillé comme un viking plutôt que comme un pygmée. Pascal Pujol, 33 ans, pèse 88 kilos pour 1m83.


Ca passe ou ça casse

par Ignace de Witte

Rien ne sert de s’entraîner de façon intensive si on n’a pas au préalable acquis une technique parfaite. Pascal Pujol, licencié au club de Ball-Trap de l’île de la Réunion, a remporté cet été une médaille d’or aux championnats de France de Fosse Universelle à Thiers, en 2e série, et s’est sélectionné pour les championnats du monde de la discipline qui se sont déroulés à Megève en juillet. Nous l’avons suivi à l’entraînement pour décortiquer sa technique et comprendre pourquoi ça casse.

Le championnat de France de Fosse Universelle se dispute sur 200 plateaux à raison de 2 parcours de 25 plateaux pendant 4 jours, et il faut savoir doser son effort, notamment au niveau du mental: «Le premier jour, j’étais 30e dans ma série (ndr: 2e série), à 5 points du premier. Je me suis dis: si j’ai fait des bulles, les autres aussi peuvent en faire. Il reste 3 jours.»

De fait, le 2e jour, Pascal Pujol est remonté à la 11e place, à 3 points du podium, et le 3e jour, il était sur le podium, pas de façon certaine (le 4e était à seulement 1 point) mais juste ce qu’il faut pour donner envie de s’accrocher. Le 4e et dernier jour, il a tout donné: 25/25 au premier parcours et 24/25 au 2e parcours (fichue bulle au 19e plateau)!

Avec un score de 189/200, le tireur réunionnais termine 1er de sa série et 11e au classement scratch. En points on apprécie peut-être mieux sa performance à sa juste valeur: il est à 2 points du 3e au classement scratch (191/200) , à 5 points du second (194/200) et à 6 points du 1er (195/200).Nous ne surprendrons personne en disant que pour en arriver là, il faut s’entraîner. Cela demande trois choses: du temps, de l’argent (les cartouches sont chères) et surtout une technique parfaite. Si vous ne disposez pas des deux premiers éléments, nous ne pouvons pas grand chose pour vous! En revanche, sans prétendre que sa technique est la meilleure, voici celle décortiquée pour vous de Pascal Pujol. Elle vaut ce qu’elle vaut, c’est-à-dire quand même une sélection aux championnats du monde.

Tout d’abord, cela va sans dire mais on ne le dira jamais assez: pour bien tirer au ball-trap, il faut laisser au vestiaire tous ses soucis, il faut être complètement disponible et se sentir en pleine forme.

Vous voici donc sur le pas de tir, au poste 1. Le poids du corps se porte entièrement sur la jambe avant (gauche pour un droitier), fléchie, le pied au ras de la ligne blanche, et le buste le plus en avant possible, la jambe arrière légèrement fléchie: «Il ne faut pas avoir peur et être sur la défensive, au contraire: le plateau, il faut le bouffer! Il doit y avoir de l’agressivité dans la position.» Donc surtout pas l’allure « boxe française-Brigade du Tigre », peut-être très élégante mais inefficace.

Pascal Pujol se penche tellement en avant que malgré son gabarit (1m83 pour 88 kilos) il trouvait le fusil lourd quand il devait tenir la pose quelques instants pour les photos!

Demi queue de castor…

La mise à l’épaule idéale est celle qui permet le meilleur amortissement du recul. Mieux le recul est amorti, plus efficace sera le second coup. Le fusil doit être dans le creux de l’épaule et pour creuser l’épaule, il faut que le coude (droit pour un droitier) se lève presque à l’horizontale.

L’autre bras est à 45°.Il n’y a rien à dire concernant la main forte, elle tient la poignée pistolet, par contre, il est psychologiquement important que l’index de la main faible soit raide et désigne la cible. Quant à la forme de longuesse, celle qui assure la meilleure tenue de l’arme est incontestablement la « demi-queue de castor ».

La mise en joue se fait bouche ouverte. C’est en effet la seule façon de caler le busc contre le maxillaire supérieur de façon toujours identique. Si on met en joue bouche fermée, les muscles de la joue que l’on contracte plus ou moins vont modifier latéralement la position. Lors des derniers championnats de France, le tireur réunionnais a remarqué que Gérin, le vainqueur au scratch, posait la joue très en avant sur le busc, le nez presque sur la clef de verrouillage!

La première chose que Pascal Pujol a essayé de retour chez lui, c’est bien évidemment cette position. Son avis après quelques dizaines de plateaux: «Le champ de vision parait plus large, mais le recul est plus important.»

Pascal Pujol a fait adapter un grain d’orge sur sa bande de visée qui en était démunie d’origine. Du coup, la question courante « faut-il voir beaucoup de bande? » trouve enfin une réponse précise: le sommet du grain d’orge doit coïncider avec la base du guidon. Si la crosse est bien adaptée au tireur, il doit pouvoir mettre en joue les yeux fermés et découvrir quand il les ouvre le grain d’orge et le guidon parfaitement alignés.

Partir au bon moment

En Fosse Universelle, les trajectoires sur lesquelles les 5 appareils lanceurs sont calés, sont définies selon une grille de tir qui est modifiée chaque jour. Les trajectoires varient en hauteur et en azimut mais «Quelle que soit la grille de tir, les appareils n° 1 et n° 2 lancent toujours des traversards droits et les appareils n° 4 et n° 5 toujours des traversards gauches et toutes les trajectoires se croisent à quelques mètres au delà du plateau de repère*, à un mètre de hauteur». Vu la vitesse de sortie des plateaux sur une Fosse Universelle (25 m/seconde, soit 90 km/h), lorsque l’oeil les voit, ils ont déjà atteint ce point si tué au delà du plateau de repère, c’est donc bien là qu’il faut focaliser et surtout pas le bord de la fosse. Et c’est ce point qu’il faut prendre pour la visée préliminaire et pas le plateau de repère, et cela quel que soit le poste où l’on se trouve.

Quand on est prêt, le regard ne bouge surtout pas mais on baisse le guidon à hauteur de la fosse afin de dégager au maximum le champ de vision. En position d’attente, aux postes n° 1 et n° 2, le guidon est donc à gauche du plateau de repère, au poste n° 3 il est dessus et aux postes n° 4 et n° 5, le guidon doit être à droite.On écarquille bien les deux yeux et on appelle le plateau: «Il est très important de partir fusil arrêté, il faut voir le plateau, le juger vite et alors seulement partir. Il ne faut surtout pas anticiper le mouvement et partir dès qu’on appelle le plateau. Partir sur une trajectoire fausse et corriger le mouvement en cours de route, c’est pas bon.» Ce défaut est facilement détectable lorsqu’il y a « no bird » et que rien ne sort de la fosse, même pas un éclat: le fusil de certains tireurs bouge légèrement.

La position de départ est la même à tous les postes de tir, mais on cherchera à se placer le plus près possible de l’axe médian de la fosse, c’est-à-dire le plus à droite possible sur les postes n° 1 et n° 2, bien au milieu du poste n° 3 et le plus à gauche possible sur les postes n° 4 et n° 5. Ainsi, on réduit encore un peu l’angle que forment la visée de départ et la trajectoire des plateaux les plus traversards (ceux lancés de l’appareil n°5 quand on est au poste n°1 et ceux lancés de l’appareil n°1 quand on est au poste n°5). Plus on réduit cet angle, moins la vitesse apparente du plateau est importante.

D’après Pascal Pujol, le bon réglage du fusil intervient pour 80% dans les scores: «C’est comme ceux qui courent le 100 m en moins de 10 secondes: s’ils changent de chaussures, il repassent au dessus de la barre des 10 secondes.» A propos de vitesse: faut-il tirer vite? «Il ne faut pas se presser, il faut trouver sa cadence. Si on le voit tôt et qu’on pense être dedans, on appuie, c’est tout, c’est une question de réflexes, cela dépend de chacun. Évidemment, plus on tire vite mieux c’est s’il faut doubler.»

Ajoutons que les tireurs peuvent adapter leur fusil à leurs réflexes en adoptant un canon trois-quart ou un full choke pour le premier coup s’ils sont lents et un demi choke s’ils sont rapides. Le deuxième coup est lui toujours full choke.Quant aux fusils à détente sélective, on se demande s’il ne s’agit pas d’une fioriture: 100% des tireurs de ball-trap tirent le canon du bas en premier. La première raison est purement technique: sur un superposé de ball-trap, la charnière est soit un axe transversal soit des tourillons latéraux mais toujours située sous le canon du bas ou à sa hauteur et la poussée des gaz exerce donc une force avec moins d’effet de levier dans le canon du bas que dans le canon du haut, plus éloigné. Et comme on casse 90% des plateaux à la première cartouche, l’arme fatigue moins. La deuxième raison est que le canon du bas est davantage dans le prolongement de l’épaule et que le relèvement de l’arme est moindre.

« WYSIWYG »= What You See Is What You Get

Nombreux sont les tireurs qui se posent la question de la visée au moment du lâcher: faut-il oui ou non couvrir le plateau? Pascal Pujol sourit car c’est peut-être le point le plus important: «Il ne faut JAMAIS couvrir le plateau, il faut lui tirer dans les pattes, le souligner si tu préfères, cela permet de voir si on l’a loupé ou pas au premier coup. Pour les traversards, il faut évidemment « mettre devant », mais c’est difficile de dire de combien…» Le vocabulaire employé à ce sujet est éloquent, certains disent qu’il faut mettre deux longueurs de fusil devant, d’autres parlent d’un autobus, etc… Et puis, cela dépend tellement de la vitesse des cartouches que l’on utilise.

Et c’est à ce moment que l’on boucle la boucle: pour pouvoir viser le plateau sans le couvrir (« WYSIWYG »), il faut un fusil qui soit parfaitement adapté à sa morphologie, sa position et son style de tir, et contrairement à ce que certains croient, ce n’est pas avec un mètre de couturière que l’on peut y parvenir mais uniquement en procédant à de multiples essais au stand, d’où l’intérêt des fusils à busc, plaque de couche et bande réglables. Et pour l’anecdote, Pascal Pujol ne s’est jamais amusé à tirer sur une boite de conserve posée à terre ou un carton pour affiner ses réglages. *(celui-ci est placé sur la fosse, à l’aplomb du lanceur du milieu, le n° 3)



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