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La Winchester de Roland Garros

Article publié dans la revue FIRE n°NS51 de mars-avril 2001. Tous droits réservés, reproduction interdite.


Par Ignace de Witte


Cela fait des lustres que cette arme est reléguée au fond de la «réserve», cette pièce obscure où le conservateur d’un musée entrepose tout ce qui, faute de place ou manque d’intérêt, ne peut être exposé…
Le musée de Villèle, à l’île de la Réunion, possède une arme chargée d’Histoire: la carabine Winchester modèle 1910 (M10) de Roland Garros, héros de la première guerre mondiale et pionnier de l’aviation de chasse.

Cette arme, excellente au demeurant, illustre le manque flagrant de clairvoyance de l’etat-Major français de l’époque: alors que Morane-Saulnier propose dès avril 1914 d’équiper les avions français d’une mitrailleuse au tir synchronisé avec la rotation de l’hélice, on estime dans les «hautes sphères» que ces drôles de fou volant sur leur étranges machines ne sont bons qu’à fournir des observations aériennes pour l’infanterie et l’artillerie et que par conséquent une bonne carabine de chasse suffit amplement à leur armement!

Les tireurs sportifs estiment qu’une arme à feu n'est qu’un simple outil, «un intermédiaire entre l’homme et la performance», n'empêche, quand on prend en main la carabine de Roland Garros, on ne peut contenir une certaine émotion. Il est, avec Mata-Hari et Lawrence d’arabie, un personnage légendaire de la première guerre mondiale.

Roland Garros est né le 6 octobre 1888 à Saint-Denis de la Réunion, rue de l’arsenal. Il hérite de son père breton l’opiniâtreté, de sa mère créole un caractère rêveur et de son arrière grand-père, corsaire, le goût du risque. A quatre ans, le jeune Roland suit ses parents qui partent s’installer dans une autre colonie française : l’indochine. De cette enfance au contact d’autres cultures, Roland Garros gardera toute sa vie un petit côté énigmatique, voire distant: il ne tutoyait jamais personne et n’aimait pas l’être.

A 11 ans, ses parents l’envoient poursuivre ses études en France. Adolescent, il se passionne moins pour l’affaire Dreyfus que pour les exploits des frères Wright. Il est attiré par l’aviation —il en rêve— mais, pour faire plaisir à son père, avocat, il passe son baccalauréat et s’inscrit à la fac de droit. A 20 ans, ce qui fait courir Garros, ce n'est pas l’arrestation de la bande à Bonnot par les brigades du Tigre mais le meeting aérien de Reims, auquel participent Henri Farman et Louis Blériot, qui vient de traverser la Manche (25 juillet 1909). C’est la révélation! Il avoue dans ses mémoires: «J'aurai joué ma vie pour faire comme eux!»

Il laisse tomber ses études de droit et ouvre, en cachette de ses parents restés à Saïgon, un garage automobile, rue de la Grande Armée à Paris. Il se familiarise avec la mécanique, l’odeur d’huile de ricin et dépense les premiers 7.500 Francs qu’il gagne pour une Brésilienne capricieuse et instable: une Demoiselle Santos-Dumont!

Il a à peine le temps de se familiariser avec sa cage à poule, qu’en octobre 1910 les Américains l’invitent au meeting aérien de New-York. Roland Garros saisit sa chance. Après New-York, il fait des exhibitions à la Nouvelle-Orléans, Houston, Veracruz, Mexico, Chattanooga, etc. Le cirque volant devient son gagne-pain. En survolant les troupes fédérales et révolutionnaires à El Paso, il éprouve un curieux sentiment car il prend soudain conscience du rôle capital que peut jouer l’aviation dans les guerres modernes… Il écrit: «l’aviation n'est pas seulement un sport, elle est la fortune du pays qui la pratique le mieux, son orgueil et son arme la plus efficace pour le jour où une guerre éclaterait».

«En avant, à la baïonnette!»

De retour en France en mai 1911 Garros tente de convaincre les généraux, en vain. Jean Jaurès écrit dans son livre l’armée Nouvelle, paru cette année là: «Il y a dans les choses de l’armée, une conspiration universelle de silence, de mystère puéril, d’esprit de clan, de routine et d’intrigue.» Si Garros n'est pas écouté, c’est parce que ce n'est pas un militaire, juste un funambule. Peut-être aussi parce qu’il n'est pas né en France…

l’avenir donne pourtant rapidement raison à ce «drôle d’oiseau» comme l’appelait son ami Cocteau: le premier bombardement aérien de l’histoire est effectué le 1er novembre 1911, par l’officier italien Guilio Guidotti, sur le front de Tripolitaine (Libye). Cela ne fait malheureusement pas TILT dans la tête des généraux français, dont les mentalités évoluent décidément moins vite que l’aviation! Roland Garros multiplie les exploits: le 7 décembre 1912, à Tunis, il bat le record du monde d’altitude en s’élevant à 5610 mètres.

Le 23 Septembre 1913, il effectue la première traversée de la Méditerranée, de Saint-Raphaël à Bizerte. Il a alors 25 ans. Garros n'est pas le seul a avoir compris que le temps était proche où la suprématie de l’air assurerait la victoire militaire. En mars 1914, Raymond Saulnier (de Morane-Saulnier) écrit à l’etat-Major pour leur proposer de synchroniser l’hélice et le tir d’une mitrailleuse, qui dès lors peut tirer dans l’axe de l’avion. Sa lettre reste sans réponse! En 1914, dans l’esprit des généraux français, il n'y a qu’une seule façon de vaincre: donner l’assaut au pas de course en criant «En avant, à la baïonnette!» commandement, qui, précise l’article 433 du Règlement d’infanterie, doit être repris par tous les fantassins…

La France est tellement confiante dans cette doctrine que, pour ne pas ralentir la progression, son corps d’armée n'est dotée que de canons de 75, alors que le corps d’armée allemand dispose d’obusiers de 77, 105 et 150. Les Alleands disposaient également d’obusiers de 210mm, les fameuses grosses Berthas. Les Français se lissent les moustaches et se rassurent par des mots d’esprit: «Le gros canon fait peur, mais le 75 tue ! » La France va découvrir dès les premiers combats de 1914 la redoutable efficacité de la nouvelle doctrine allemande, basée elle sur la puissance de feu, l’assaut à la baïonnette ne venant que confirmer la victoire. «Révolutionnaire», écrira de Gaulle.

Voici la M10 de Roland Garros conservée au musée de Villèle. Démontage de campagne hyper simplifié: un seul gros écrou à molette à dévisser, situé à l’arrière du boîtier, bloqué par un petit bouton à ressort qu’il faut enfoncer.


Roland Garros est, avec Mata-Hari et Laurence d’arabie un des trois personnages légendaires de la première guerre mondiale.

Fin juin 1914, Roland Garros participe au meeting aérien de Vienne, en Autriche. Il écrit dans ses mémoires: «Le dernier jour du meeting: l’historique assassinat de Sarajevo. Ce crime, qui mettait officiellement l’Empire en deuil, ne semblait pas atteindre beaucoup de sentiments profonds (…) Et il ne vint, je crois, à l’idée d’aucun de nous que cet événement quasi indifférent à la masse était l’étincelle qui mettrait l’Europe en feu…»


Le 3 août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France. Garros n’est curieusement pas mobilisé. Qu’importe, il s’engage volontairement. Il est incorporé dans le 27e Bataillon de chasseurs … à pied! Mais, rassurez-vous, il est détaché dans l’escadrille MS 23 (Morane-Saulnier).

L’aviation, en temps qu’arme, n’existe pas. La mission des pilotes se limite à l’observation pour le compte de l’infanterie ou de l’artillerie. N’étant pas sensé engager l’ennemi, l’armement des appareils se résume à une carabine. Le général Goutard, dans son livre «La Marne» explique: «Il faut se rappeler qu’à cette époque les aviateurs ne jouissaient pas d’une grande confiance dans les états-majors. Considérés un peu comme des acrobates chevauchant d’étranges machines, fragiles et peu sûres, ils savaient encore mal observer et les renseignements qu’ils rapportaient manquaient souvent de précision.» Objection mon général: c’est sur la base des renseignements de l’aviation, confirmés il est vrai par ceux de la cavalerie, que le général Gallieni a imaginé l’audacieuse manoeuvre de la Marne, avec son étonnant épisode des taxis, qui a marqué le tournant décisif de la guerre. Malheureusement, et là nous rejoignons le général Goutard, cette victoire sera mal exploitée par Foch: il laissera aux Allemands le temps de se cramponner sur de nouvelles positions, à une quarantaine de kilomètres en arrière, et à la guerre de mouvements rapides [1] va suivre une longue guerre de positions, l’enlisement, les tranchées.

Le 5 octobre 1914, a lieu le premier duel aérien de l’histoire, près de Reims: les Français Frantz et Quénault, de la V 24 (V pour Voisin), abattent un biplace Aviatik allemand. Garros réussit alors à convaincre ses supérieurs de le laisser expérimenter l’idée du tir axial de Saulnier. Mais cela s’avère irréalisable: la culasse de la mitrailleuse est trop lourde pour être synchronisée de façon fiable. Garros trouve alors une autre solution au problème: blinder l’hélice. Lors de la première démonstration, au sol, le pare-balles d’une des pales se détache, ce qui déséquilibre l’hélice et provoque l’arrachement du moteur! Les officiers de l’Etat-Major repartent, hilares! Garros persiste et lors d’une deuxième démonstration, en vol cette-fois-ci, tout se passe bien.

Jules Hué, le mécanicien de Garros, améliore encore le système en donnant au déflecteur une forme de gouttière, pour canaliser les débris de balles et éviter qu’ils endommagent les pales. De son côté, Garros a l’idée de charger sa mitrailleuse de balles non plus en plomb mais pleines en cuivre, qui ne se déchiquettent pas à l’impact. Le système est parachevé début 1915, par l’adoption d’une hélice spécialement fabriquée pour Garros, plus étroite à l’endroit du pare-balle, ce qui permet finalement à 95% des balles de passer au travers.

Au-dessus de la mêlée

Le 10 janvier 1915, a lieu le deuxième duel aérien de l’histoire: les Français Gilbert et De Puechredon abattent un avion ennemi près d’amiens, toujours à la carabine. Cela commence, tout doucement, à faire bzzz dans la tête de l’Etat-Major. Le 1er mars 1915 il confie au commandant de Rose une nouvelle mission pour son escadrille MS 12: aveugler l’ennemi, en l’empêchant d’effectuer ses reconnaissances aériennes. L’aviation de chasse est officiellement créée, mais il s’agit encore de biplaces armés de… carabines de chasse! Garros préfère donc rester à la MS 23, à l’affût d’une bonne occasion de prouver qu’il a raison. Il est à cette époque le seul a disposer d’une mitrailleuse qui tire dans l’axe. Et comme il vole seul, sa carabine Winchester modèle 1910 ne va en fait jamais prendre l’air!

Le 1er avril 1915, entre Diksmuide et Oostende, Garros remporte le 3e duel aérien de l’histoire. Sa joie est tempérée par l’horreur du spectacle au sol: «Un tas de morceaux carbonisés, et deux cadavres nus et saignants. Les réservoirs étaient criblés; le passager avait une balle dans la tête. On n’a pas pu en relever d’autres, vu l’état horrible des cadavres…» Cette victoire lui vaut une citation: «Aussi modeste que brillant pilote, n’a jamais cessé de donner l’exemple du plus bel entrain. Le premier avril a abattu un avion ennemi au cours d’un combat aérien.» Au Q.G. le 4 avril 1915, signé Foch. Cet «entrain» ne décide malheureusement pas l’armé à adopter son système de tir à travers l’hélice…

La seconde victoire de Garros s’inscrit dans le ciel d’Ypres [2], où il engage deux appareils allemands: «A leur manège, je reconnais bientôt qu’ils font un réglage d’artillerie. Ils ne viendront pas chez nous. Il faut donc attaquer ou abandonner. J’essaie de m’approcher de celui qui vole le plus haut, il est à 1800 mètres, moi à 2000; je profite d’un moment où il s’approche le plus de nos lignes pour l’aborder par derrière et d’au dessus. J’arrive tout près sans être vu et tire vingt-cinq cartouches en me pressant trop sans doute car je le rate visiblement. Le pilote a entendu le bruit insolite de la mitrailleuse. Je le vois regarder quelques secondes dans toutes les directions. Il me voit enfin; avant que j’aie eu le temps de recharger, il pique et descend. L’autre appareil est un peu plus bas, vers 1500 mètres. Il n’a rien vu. Je pique sur lui et arrive à bonne portée sans être vu. Je tire un chargeur. Je touche bien. Le moteur s’est arrêté et pendant quelques secondes j’ai l’impression d’une vraie chute sur le côté et très rapide, je le suis du regard. Il reprend péniblement l’équilibre, mais continue à piquer sur le sol. Je ne suis plus qu’à 1000 mètres. Je m’attend à le voir s’écraser, mais non, il s’arrête dans un champ entre ses lignes et rien ne bouge plus. Que n’est-ce dans nos lignes!» Cette seconde victoire sera quand même homologuée, des centaines de poilus ayant assisté au combat.

Les Winchester 1907 et 1910 furent les toutes premières carabines semi-automatiques utilisées au combat par l’Armée française. l’aviation n'ayant au début de la guerre qu’un rôle d’observation et de renseignement, l’état-major estimait qu’une carabine était suffisant comme armement des pilotes. Il faudra l’ingéniosité et l’opiniâtreté de Roland Garros pour que naisse l’aviation de chasse.


La rue de l’Arsenal, où Roland Garros est né à Saint-Denis, a était rebaptisée de son nom en 1919, une statue a été inaugurée sur le front de mer et la base aérienne 181 de la Réunion porte le nom de tradition : Lieutenant Roland-Garros.

Le 18 avril 1915, Garros remporte une troisième victoire, en abattant un Albatros, près de Langemark. Le même jour, Garros effectue une seconde sortie: l’attaque d’un train allemand entre Roulers et Courtrai. Mais les choses tournent mal: son moteur est touché par les tirs de riposte et il est contraint d’atterrir en zone ennemie, à Ingelmünster, où il est rapidement fait prisonnier (ça lui apprendra à partir sans sa carabine!)


La première question des Allemands concerne «l’autre» aviateur: pour eux en effet, il n’est pas possible que Garros ait pu piloter et leur tirer dessus en même temps! Ils ne commenceront à le croire qu’après avoir ausculter l’épave de son avion (Garros a eu le temps d’y mettre le feu). Parmi ceux qui s’y intéressent, un ingénieur hollandais du nom de Fokker…

Quelques semaines plus tard apparaît au dessus de Courtrai le Fokker E1, le premier monoplace doté d’une mitrailleuse synchronisée (Spandau 7.92 mm). Et comme un malheur n’arrive jamais seul, entre dans le cirque volant… Manfred von Richtofen!

Garros va être tenu à l’écart du théâtre des opérations trois longues années. Il réussit, après trois tentatives, à s’échapper du fort de Magdebourg le 15 février 1918. Beaucoup de choses ont changé en son absence: apparition du tank, du lance-flamme, révolution Bolchévique, entrée en guerre des USA, etc. L’aviation de chasse a elle aussi énormément évolué, mécaniquement mais surtout au niveau de la stratégie et de l’armement. Les chasseurs sont maintenant monoplaces, ils volent en escadrilles et ils sont (enfin) équipés de mitrailleuses synchronisées! Geo¿rges Clemenceau n’a-t-il pas dit dans son discours du 22 juillet 1917 que «L’homme absurde est celui qui ne change jamais»?

La MS 23 de Garros est devenue SPA 26, du groupe des Cigognes, rendu célèbre par les exploits de Guynemer. Garros n’a pas le temps de reprendre le combat que von Richtofen, l’as des as, quitte le ciel pour entrer au Walhalla. Le Dreidecker du baron rouge est abattu au dessus de Vaux-sur-Sommes le 21 avril 1918, par un pilote du Royal Flying Corps, le Captain A. Roy Brown, disent les uns, par une batterie de mitrailleuses au sol australienne disent les autres. Le personnage étant exceptionnel, il fallait sans doute que le mystère plane sur sa mort. Il n’avait que 25 ans. Garros continuera lui à agacer la mort jusqu’au 5 octobre 1918 où, après un combat aérien, son avion s’écrase près de Vouziers. Les circonstances exactes de sa mort n’ont elles non plus jamais été totalement élucidées. Aucun pilote allemand n’a revendiqué de victoire ce jour là. Peut-être un tir de DCA. Roland Garros est mort la veille de son 30e anniversaire, un mois à peine avant la capitulation des Allemands. Sa carabine M/10 conservée au musée de Villèle est une des très rares reliques qu’il nous reste de ce héros.

Fusil de chasse, pour aviation du même nom

Comme en 1870 , lorsque la première guerre mondiale éclate, les généraux français commandent en catastrophe auprès des Yankees le matériel que leur industrie nationale ne peut fournir. Pour équiper le personnel naviguant de l’armée de l’air, leur choix se porte sur des Winchester modèles 1907 et 1910. Il s’agit en fait de carabines initialement conçues pour… la chasse au gros gibier! Ce qui a séduit les généraux français ce n’est pas la crosse en noyer sélectionné et finement quadrillée de la version «fancy» mais la cadence de tir. Les Winchester bénéficient en effet du tout nouveau système «automatique» (inventé par Browning en 1906) , alors que toutes les autres armes réglementaires de l’époque sont à répétition manuelle.

Les Winchester sont en outre dotées d’un chargeur vertical amovible, plus rapide que le système à clip et dont, précise le catalogue officiel de la marque, le «chasseur expérimenté peut emporter plusieurs exemplaires en poche ». La Winchester était donc une alternative intéressante par rapport aux mitrailleuses légères de l’époque, que les soldats utilisaient de toutes façons en coup par coup pour éviter des enrayages… à répétition! D’origine civile, les Winchester ne sont pas équipées de baïonnettes mais, vue l’utilisation qui devait en être faite, aucun aviateur ne s’en est plaint!

Le modèle 1907 est foré en calibre .351 Winchester Self Loading (8,8 mm). Le modèle 1910 est plus étoffé —3,7 kg contre 3,5 kg— , pour résister à la nouvelle munitions mise au point par Thomas C. Johnson, la. 401 Winchester SL (10,3 mm).

Fonctionnant selon le principe de la culasse non calée, il est logique d’avoir conçu en même temps l’arme et ses munitions. Le mécanisme est équilibré pour que la balle sorte du canon avant le début du recul de la culasse, afin qu’il n’y ait aucune perte de vitesse, d’énergie et de précision.

En version civile, la . 401 Winchester SL était disponible avec, au choix, une balle de 200 grains (13 grammes) ou 250 grains (16,25 grammes). Le catalogue Winchester d’octobre 1911 affirme que la 250 grains, quoique plus lente que la 200 grains, possède un pouvoir vulnérant supérieur à la .30 US Army «dont la capacité a stopper les plus gros gibiers est bien connue». Il affirme également que «La cartouche de calibre .401 représente un pas en avant dans le domaine de la munitions aussi important que le passage de la cartouche à broche à la cartouche à percussion centrale.» Pourtant, c’est le modèle 1907 qui s’est le mieux vendu: 59.000 exemplaires produits entre 1906 et 1958 (fin de fabrication). Son calibre .351 SL en faisait une arme parfaite pour le gibier moyen, genre antilope africaine, sanglier, cerf, lion [3]. Le modèle 1910 n’a pas connu le même engouement: il disparaît du catalogue dès 1936 et seulement 21.000 exemplaires ont été produits. Il est vrai que pour la chasse au très gros gibier —éléphant, buffle, Rhinocéros [3]— la munition .401 SL n’était pas la plus efficace. Sa balle de 16,25 grammes ne «pèse» pas lourd comparé au 31 grammes d’une .450 et au 58,3 grammes d’une .600! De plus, le très gros gibier se tirant à très courte distance (entre 10 et 20 m), les chasseurs préfèrent généralement la fiabilité d’une arme à répétition manuelle à la cadence de tir d’une arme automatique. On ne badine pas avec la loi de Murphy!

La Winchester M10 bénéficiait du tout nouveau système «automatique» inventé par Browning en 1906 (semi-automatique en réalité), alors que toutes les autres armes réglementaires de l’époque étaient à répétition manuelle.


[1] En 1914, l’armée de Guillaume II a mis 16 jours pour arriver devant Paris, à pieds. En 1940, durant la «blitzkrieg», alors que l’armée d’Hitler est équipée de camions, elle mettra plus d’un mois pour parvenir au même résultat! [retour]

[2] Ypres, où, le 22 avril 1915, fut utilisé pour la première fois de l’histoire un gaz de combat. [retour]

[3] Certaines de ces espèces sont aujourd’hui protégées, mais pas à l’époque.

Nous remercions Claude Gaier, du musée d’armes de Liège, pour sa précieuse aide documentaire, ainsi que Jean Barbier, conservateur du musée de Villèle, pour la gentillesse de son accueil.


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