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Un Colt 45 entièrement customisé

Article publié dans la revue FIRE n°NS17 de novembre-décembre 1994 (ci-contre). Tous droits réservés, reproduction interdite.

Colt 1911 cal. 45 ACP total custom

par Ignace de Witte

L’arme que nous présentons ici appartient (ndr: en 1994) à un armurier de l’île de la Réunion, M. Gérald Lam-Yam. Par rapport au Colt 1911 dont elle est issue, il n’y a plus une seule pièce qui soit restée d’origine, tout, absolument tout a été modifié!

Attention, il ne s’agit pas d’une fantaisie customaniaque mais d’une recherche de performance: chaque transformation a été testée en compétition de tir pratique avant d’être adoptée.

Lors du changement de chargeur, le tireur est désarmé

En tir pratique, il n’est pas rare que l’on tire jusqu’à 40 coups sur un parcours. La capacité d’origine du pistolet est de sept cartouches calibre 45 ACP dans le chargeur plus une engagée dans la chambre, soit huit coups au total. Cela correspond rarement à un nombre de cibles précis, ce qui veut dire que l’on doit changer de chargeur en pleine action de tir (perte de points assurée) soit être prévoyant et changer de chargeur avant que celui-ci ne soit épuisé, dès que l’on a un instant de répit.

Les changements de chargeur n’en demeurent pas moins des moments critiques. C’est à chaque fois une seconde et demi pendant laquelle le tireur est désarmé. L’évacuation du stress de la compétition est déjà assez pénible comme ça pour en rajouter et notre armurier a adopté la solution la plus simple, à savoir une carcasse Para Ordnance d’une capacité de 13 cartouches dans le chargeur plus une dans la chambre, soit 14 coups au total. En doublant la capacité, on divise le stress par deux!

Pour un rechargement plus rapide, beaucoup de tireurs adoptent un verrou de chargeur surdimensionné. Notre armurier a préféré en rester à un « bouton » de taille normale car il a déjà été confronté à des situations où il devait tirer du bras faible. L’index gauche risque de provoquer involontairement la chute du chargeur lors du premier coup de feu si le verrou est trop proéminent.

Les chargeurs et leur logement dans la crosse ont par contre reçus un polissage « miroir&#nbsp;» pour une éjection éclair.

Le canon et son compensateur proviennent de chez Ed Brown. Le canon fait 6 pouces (152 mm) et la seule différence par rapport à une pièce d’origine Colt est au niveau des tolérances de fabrication, beaucoup plus sévères que pour les armes destinées à un simple usage militaire.

Toute intervention à la bouche du canon est délicate et notre tireur a préféré que l’ajustement du compensateur soit effectué à l’usine. C’est une garantie de fonctionnement optimum du système anti-recul.

Le compensateur comprend deux grandes ouvertures dans la partie supérieure et une de chaque côté pour la stabilité latérale. Lors du tir, une partie des gaz propulsant la charge s’échappe par ces ouvertures, ce qui réduit le recul à un léger relèvement de l’arme et l’on peut doubler ou tripler quasi instantanément. Son propriétaire parvient sans difficulté à mettre 8 balles dans le centre d’une cible située à 25 m en moins de 5 secondes.

La visée optique sort de chez C-More, que l’on peut traduire par « voir-plus ». Effectivement, bien que parmi les plus compactes du marché, elle ne passe pas inaperçue! Elle est trop encombrante pour une arme de service mais parfaitement adaptée à l’usage purement
sportif qui nous occupe. Cette arme permet d’atteindre une cadence de tir vraiment impressionnante, du moins
avec les munitions imposées en tir pratique pour lesquelles elle a été conçue. Toute modification
du poids de la balle ou de la charge de poudre joue en effet sur la compensation et en diminue
le rendement. Ceux qui rechargent eux-mêmes leurs cartouches sont prévenus!

La culasse a été commandée chez Caspian. Un néophyte serait effrayé de découvrir en ouvrant son colis que, pour le prix, la culasse refuse de s’engager sur les nervures d’assemblage de la carcasse, que le canon ne passe pas et qu’en plus il y a de légères traces de corrosion! Pour l’homme de l’art, Caspian c’est au contraire du caviar: l’acier est d’une qualité exceptionnelle et c’est un véritable régal de le travailler.

L’ajustement se fait à l’aide de petites limes à main et beaucoup d’huile de coude.

La tolérance au niveau des rails tient compte de la dilatation des pièces lors des séances de tir soutenu.

Avant de procéder au bronzage final, une série de gros trous a été forée sur la partie supérieure pour l’alléger de 50 grammes. En diminuant l’inertie de cette pièce mobile, on réduit le cycle d’ouverture et de fermeture.

Plus l’arme est capable de répondre rapidement à la sollicitation, plus le tireur dispose de temps pour analyser la situation et décider de faire feu ou de ne pas faire feu. Il ne faut pas oublier qu’il est responsable de chaque projectile qui sort de son arme.

Les zones où il est possible de retirer du métal ont été soigneusement choisies après étude des contraintes auxquelles cette pièce est soumise. Il semble que notre armurier ne se soit pas trompé car malgré un usage intensif, ni sa culasse ni aucune de celles qu’il a préparées pour d’autres tireurs n’ont à ce jour subi de détérioration.

Le ressort récupérateur est un Wilson taré à 12 livres. Il est assez tonique pour empêcher le matage des pièces et il reste assez souple pour que les cartouches passent librement du chargeur à la chambre.

La tige longue est creuse et à moitié remplie de mercure! L’inertie du liquide neutralise l’effet du retour de la culasse sur la visée.

La détente large provient également de chez Wilson. Elle est en alliage léger, réglable en pré-course et en backlash (course après de départ du coup de feu) afin de diminuer au maximum le mouvement de l’index et permettre de doubler plus rapidement.

L’accrochage est réglé à 1,1 kg, c’est-à-dire le plus doux possible sans toutefois risquer la rafale, considérée en tir pratique comme un incident de tir.

La pédale de sécurité allongée en queue de castor permet de positionner la main forte le plus haut possible sur la carcasse (pour une meilleure absorption du recul) sans aucun risque de contact avec la culasse lors du coup de feu.

visée optique

Par rapport à une hausse micrométrique et un guidon classiques, la technologie du point rouge a l’avantage indéniable de demander l’alignement de deux points seulement, la cible et le point-rouge. L’acquisition de la cible est naturel et instantané. Avec de l’entraînement, on dégaine et on met dans le centre de la cible en 80 centièmes de seconde.

Le seul inconvénient d’un tel dispositif de visée est son installation sur l’arme qui gêne considérablement l’accessibilité aux stries sur la culasse. En cas d’incident de tir, il faut pouvoir actionner celle-ci très rapidement.

Un solide crochet en aluminium fixé côté droit de la culasse résout le problème de façon efficace à défaut d’être esthétique. Cette solution impose une sécurité manuelle du côté gauche seulement.

Il n’y a aucune transformation révolutionnaire sur ce pistolet, mais une multitude de modifications qui apportent chacune un plus au niveau de la puissance, de la rapidité ou de la précision.

L’ensemble est parfaitement homogène. En tir pratique, l’arme doit se faire oublier pour permettre au tireur de se concentrer au maximum sur son environnement et donner le meilleur de lui-même.

Avec cette redoutable bête de compétition, pas de problème, tirer devient aussi simple que désigner du doigt et dire « pan »!



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